Usdefruit (Français)

par Denise Boyer
Ambivalent lui aussi, le titre d’Usdefruit est porteur d’un message moins sombre puisqu’il faut l’entendre, comme l’explique la préface non seulement en un sens juridique métaphorique –la vie ne nous est donnée qu’en usufruit– mais aussi comme une invite à faire bon « usage » de ce « fuit » éphémère, en particulier par la pratique d’une piété conçue comme sentiment réconfortant d’appartenance au monde. La doctrine de l’usufruit se double en effet ici d’une doctrine de la propriété légitime fondée par un jeu de mots sur une fausse étymologie, pro pietate.
Ce n’est pas que le vécu fictif ait en lui-même changé. Le poème liminaire (« Bon dia, memòria ») constitue certes une louange de la mémoire en ce qu’elle nous rapproche d’autrui, mais tous les poèmes de la première partie, à l’exception d’un épithalame empreint comme il se doit d’un optimisme lucide (« Une prière »), donnent une triste image de l’amour. Quand ils n’en opposent pas mélancoliquement deux formes apparemment inconciliables, « désir » et « tendresse » (« Souci », « C’est ce que son les années écoulées »), ils déplorent, dans les six poèmes dédiés à « S » (« encore ! » à S, dit la « notice finale »), la dégradation qui affectera inéluctablement un jeune être aimé à l’âge adulte. Quant à la seconde partie, elle semble se complaire à évoquer des atmosphères portant à l’évocation de la mort ou moins des ravages du temps : crépuscule (« Lentement »), célébration familiale propice à la nostalgie (« Veille de Noël »), paysages de brouillard (« Le Temps ») ou de lune (« Insomnie »), villes décrépites (« Lisbonne »), décadentes (« Berlin ») ou mortes (« Tramonto à Selinunte », « Sant Pere de Roda »). L’allégorie est même parfois explicite : cette île « obscure » (« L’Île »), c’est le moi qui s’apprête à y accoster ; ce grand vent, c’est le trouble qui l’agite (« Grand vent d’ouest »). Ailleurs encore ces mêmes images sont utilisées comme comparants : « crépuscule » de la vie (« Tombée du jour »), « horizon » borné au « Néant » (« Horizon »). Et bien des poèmes ont pour sujet une mort passée (« À M.R. », hommage à Montserrat Roig), fantasmée (« Épigramme » vengeur dédié à l’auteur d’une critique hostile), ou future (mort du moi dans « Épitaphe » et « Midi »).
Ce qui a changé ici, ce n’est donc pas la pensée constante de la mort et de la déchéance, mais la façon dont elle est envisagée. Outre la consolation de l’art –musique « éternelle » (« Musique ») ou poésie « immortelle » (« Au terme des années ») –, apparaît en effet parfois une forme d’accord, très proche de l’assentiment stoïcien, avec l’ordre du monde qui ne nous octroie qu’un éphémère usufruit. Si nous apprenons non seulement à l’accepter mais aussi à l’aimer (« Épitaphe », « Les Plantes », « Conseil », « Midi »), si le sentiment de notre finitude est adouci par la conscience de partager un sort commun avec tout le vivant, nous aurons conquis « pour toujours » la « lumière intérieure » (« Conseil »). Livre de la cinquantaine et de ses angoisses, Usufruit laisse donc entrevoir un moye de les dépasser et d’atteindre, peut-être, une modeste forme de sérénité.
Traduit par Bàrbara Tadeo
Narcís Comadira
Commentaire sur des œuvres
En quarantena (Français)
par Denis Boyer
Usdefruit (Français)
par Denise Boyer
Fragments
Apareix, de sobte...
Català | English
Berlín
Català | Deutsch
El temps
Català | English
En quarantena. Girona
Català | Español
En quarantena. Situació
Català | Deutsch
Epitafi
Català | English | Español
L'esgarrifança
Català | English
La catedral
Català | English
Les ciutats
Català | English
Meditació de novembre
Català | English
Comentaires
Bibliographie
Autres
Recherche d’auteurs
A-B-C-D - E-F-G - H - I
J - K - L - M - N - O - P - Q - R
S-T-U-V-W-X-Y-Z
Traductions de la littérature catalane
Ici, vous trouvez d’autres pages web sur la littérature catalane:
Poésie
Avec le soutien de: