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Poesia. Edició crítica

Joan Maragall
Les montagnes

À l’heure où le soleil se couche,
buvant au jet de la source
j’ai surpris le secret
de la terre mystérieuse.

Dans le lit profond du courant
je vis cette eau virginale
jaillir de cette obscure naissance
jusqu’à réjouir ma bouche.

Cette eau pénètre en ma poitrine…
puis avec son clair sourire
me pénètre en même temps
une douce sagesse.

Si je me dresse et que je regarde
vers la montagne, les forêts et les prés,
tout me paraît alors différent,
tout me semble prendre un autre aspect.

Au-dessus du beau couchant
commençait à resplendir
par les horizons pourprés
le blanc croissant neuf de la lune.

Tout me semblait un monde en fleur
dont l’âme s’élevait en moi.

Moi, l’âme odorante de la prairie
qui se plaît à fleurir avant d’être fauchée.

Moi, l’âme pacifique du troupeau
dont les clarines tintent dans le ravin caché.

Moi, l’âme de la forêt qui bruit
comme la mer perdue à l’horizon.

Et l’âme du saule qui donne
à toute fontaine son ombre claire.

L’âme profonde de cet abîme
d’où les nuées s’élèvent en jouant.

L’âme inquiète de ce torrent
qui clame en cascade étincelante.

Moi, l’âme bleue de l’étang
qui guette le voyageur de son œil étrange.

L’âme du vent lorsqu’il souffle
et de l’humble fleur quand elle s’ouvre.

Moi, hauteur de la montagne…
Les nuages m’enlaçaient de leurs formes,
et dans ce large amour de leur étreinte,
s’extasiait mon âme sereine.

Je sentais le délice des sources
naître en moi comme un présent des glaciers :
dans la vaste quiétude des horizons
je sentais le repos des tempêtes.

Quand à mes côtés s’ouvrait le ciel
et que l’astre d’or inondait de rayons la plaine verdoyante
le monde, au loin, passait le jour à regarder
la splendeur de ma beauté souveraine.

Et moi, tout plein du désir
qui agite la mer et les montagnes,
je me dressais fièrement pour offrir au ciel
tout ce qui palpitait en mes flancs et mon sein.

………………………………………………….


À l’heure où le soleil se couche
buvant au jet de la source,
j’ai surpris le secret
de la terre mystérieuse.

Traduït per A. Schneeberger
Joan Maragall, Les montagnes. Ministère des Affairs Etrangères. Madrid, 1968, p.79
Joan Maragall
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