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Billie

J’étais trop jeune pour le comprendre à l’époque et je n’ai pas assez de vocabulaire pour le dire aujourd’hui, mais j’avais l’impression, quand j’étais recroquevillée dans mon caveau à apprendre les mots de cette fille qui n’en finissait pas de gratter, de gratter et de gratter encore pour trouver une réponse aux questions de folie qui lui mangeaient la tête, que j’en profitais aussi. Oui, que je me faufilais dans ce quelque chose d’affamé d’elle pour lui prendre un peu de sa niaque au passage et me barrer dans son sillon.

Ce que je devais me dire sans le savoir, c’est que si j’assurais vraiment avec mes répliques et que je permettais ainsi à Franck Muller de jouer son rôle dans les meilleures conditions possibles, eh bien, je ne serais plus des Morilles.

Je serais… de moi-même. De moi toute seule. De ce caveau abandonné. De ma minuscule chapelle…

Oui, j’étais cachée là, assise au milieu des gravats à écouter les délires de cette petite bourge qui n’avait jamais souffert de rien et qui voulait tout, qui voulait rafler toute la mise avant même de commencer la partie ou qui préférait ne pas jouer sinon, qui préférait ne rien vivre plutôt que de vivre comme les autres et tout ce que j’avais à faire, c’était de la serrer de près pour qu’elle me fasse la courte échelle vers son besoin de plus grand qu’elle.

Parce que même si je n’étais pas d’accord avec ses fixettes, je l’admirais…

Je savais qu’elle se trompait. Je savais que les bonnes sœurs lui avaient lessivé le cerveau et que ça l’arrangeait bien parce qu’elle avait les jetons de sauter dans le vide. Je savais qu’elle se laissait bouffer par son orgueil et qu’elle allait en chier toute sa vie à cause de son entêtement de pureté à la con. Je le savais, que si elle avait fait, elle aussi, ne serait-ce qu’un tout petit tour aux Morilles, elle se serait calmée direct et aurait envisagé sa vie avec plus de modestie, mais en attendant, et à cause de ça justement, c’était la meilleure coéquipière possible pour me faire la belle.

Elle était tellement butée et psychorigide qu’elle ne renoncerait jamais et si j’assurais de mon côté, tout tiendrait bon.

Yes. À deux têtes de mules pareilles, on allait le faire, ce putain de casse !

Bien sûr, rien de tout cela n’était conscient, mais j’avais quinze ans petite étoile… J’avais quinze ans et je me serais accrochée à n’importe quoi pour m’arracher…

Anna Gavalda,
Fragments
Billie
Maria Llopis Freixas
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