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Amphitryon

Molière

AMPHITRYON

 

Acte premier, scène première

 

SOSIE

 

Qui va là ? Heu ? Ma peur, à chaque pas, s’accroît.

Messieurs, ami de tout le monde.

Ah ! quelle audace sans seconde

De marcher à l’heure qu’il est !

Que mon maître, couvert de gloire,

Me joue ici d’un vilain tour !

Quoi ? si pour son prochain il avait quelque amour,

M’aurait-il fait partir par une nuit si noire ?

Et pour me renvoyer annoncer son retour

Et le détail de sa victoire,

Ne pouvait-il pas bien attendre qu’il fût jour ?

Sosie, à quelle servitude

Tes jours sont-ils assujettis !

Notre sort est beaucoup plus rude

Chez les grands que chez les petits.

Ils veulent que pour eux tout soit, dans la nature,

Obligé de s’immoler.

Jour et nuit, grêle, vent, péril, chaleur, froidure,

Dès qu’ils parlent, il faut voler.

Vingt ans d’assidu service

N’en obtiennent rien pour nous ;

Le moindre petit caprice

Nous attire leur courroux.

Cependant notre âme insensée

S’acharne au vain honneur de demeurer près d’eux,

Et s’y veut contenter de la fausse pensée

Qu’ont tous les autres gens que nous sommes heureux.

Vers la retraite en vain la raison nous appelle ;

En vain notre dépit quelquefois y consent ;

Leur vue a sur notre zèle

Un ascendant trop puissant,

Et la moindre faveur d’un coup d’œil caressant

Nous rengage de plus belle.

Mais enfin, dans l’obscurité,

Je vois notre maison, et ma frayeur s’évade.

Il me faudrait, pour l’ambassade,

Quelque discours prémédité.

Je dois aux yeux d’Alcmène un portrait militaire

De grand combat qui met nos ennemis à bas ;

Mais comment diantre le faire,

Si je ne m’y trouvai pas ?

N’importe, parlons-en et d’estoc et de taille,

Comme oculaire témoin :

Combien de gens font-ils des récits de bataille

Dont ils se sont tenus loin ?

Pour jouer mon rôle sans peine,

Je le veux un peu repasser.

Voici la chambre où j’entre en courrier que l’on mène,

Et cette lanterne est Alcmène,

À qui je me dois adresser.

 

 

 

MOLIÈRE. Œuvres complètes. París: Gallimard, 1971, volum 2.

 

 

Traducido por Miquel Desclot
Miquel Desclot
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